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coups de cœur lecture

couverture la petite femelle« La petite femelle » de Philippe Jaenada.
Un bon pavé de 700 pages , qui se lit agréablement car ponctué d’humour et d’interventions du narrateur à la manière de Diderot dans Jacques le Fataliste.
Sorte d’intrigue policière dans laquelle l’auteur retrace la vie et le procès de Pauline Duchemin qui fut – réellement- condamnée en 1953 pour l’ assassinat de son amant.
Il ressuscite cette période allant de la naissance de Pauline en 1927 à sa mort, les mœurs, la guerre, l’après-guerre , les mentalités . Une période passée mais encore présente pour beaucoup.
Le Castor   17/02/2016.


 

« L’île du jour d’avant » Umberto Eco.

Romcouverture Eco ile jour d'avantan à suspense, roman de formation, roman d’amour, roman d’aventures, roman d’espionnage, roman-miroir. Débordant de digressions sur morale, philosophie, mœurs…nous suivons Roberto dans ses apprentissages, ses espoirs ,ses peurs, ses amours , ses illusions. D’abord sur les champs de bataille de cette guerre de Trente ans et ses conflits pour la succession du duché de Mantoue entre Français et Espagnols. Puis espion à la solde de Mazarin, Roberto s’embarque à la poursuite de secrets sur les onguents armaires et le calcul des longitudes qui permettrait de devenir maître du monde.
Son bateau fait naufrage et il se retrouve seul sur une épave, non loin du fameux 180ème méridien, qui permet de gagner un jour… Mais des courants contraires l’empêchent de s’en approcher et de le traverser. Alors il pense, il rêve , il se souvient…et le romancier nous fait perdre nos points de repère-temps, nous promène en avant en arrière…
Certains passages sont un peu longs, difficiles, mais c’est un roman foisonnant, attachant, déconcertant, fulgurant de poésie…
Le Castor. 21/02/2016


Confiteor            Jaume Cabré                                             Barcelone 2011 Trad française 2013


confiteor couvertureUn puzzle aux milliers de petites pièces (779 très grandes pages) qui s’assemblent pour dessiner un ensemble qui s’intégrera dans un autre ensemble dont certaines pièces ont aussi leur rôle à jouer dans un autre ensemble qui …. etc. etc. Ces petits morceaux de récit, qui deviennent grands récits secondaires en amont ou en aval du récit principal auquel ils sont nécessaires, nous emmènent dans le Tyrol italien à la fin du 17ème siècle, pays de bûcherons « chanteurs de bois » qui travaillent pour les luthiers de Crémone, dans une unité de soins spécialisée « Alzheimer », dans des monastères et abbayes du Languedoc au temps de l’Inquisition, dans un minuscule hôpital de brousse quelque part au Congo belge, dans un séminaire à Rome juste avant la guerre de 14, à Auschwitz et surtout Birkenau, dans les montagnes slovènes avec un groupuscule de partisans poursuivant des nazis etc…. On peut passer de l’un à l’autre sans changer de §, voire de phrase, les mêmes pronoms personnels désignant sans crier gare d’autres personnages qui vont peut-être prononcer la même formule que leurs prédécesseurs, mais à des années ou des siècles de là.
Au coeur du puzzle, un violon, un fameux Storioni, dont a joué le Lyonnais Jean-Marie Leclair et qui serait à l’origine de son assassinat en 1764. A partir du violon, on peut tirer tous les fils dont est tissé le roman : l’amitié entre Adria et Bernat; la rencontre d’Adria et de Sara, son grand amour et destinataire de ces Mémoires fleuve; le désaccord qui les affecte tellement l’un et l’autre; les trafics auxquels se livre le père d’Adria, pendant et après la 2ème guerre mondiale; le roman d’apprentissage, protagoniste Adria, Barcelonais né en 1946, que sa mère veut voir devenir le plus grand violoniste virtuose et son père le plus grand savant; le destin d’une famille d’Amsterdam dont presque tous les membres sont morts à Auschwitz-Birkenau, qui pèse tant sur celui d’Adria; l’histoire de ce modeste monastère perdu dans les montagnes, entouré d’un petit bois qui fait les bons violons et le destin de son dernier moine et de l’Inquisiteur Eimeric, dont traits et paroles se fondent dans ceux d’officiers et bourreaux nazis, rejoignant par là l’histoire de la famille hollandaise et donc celle d’ Adria. Et c’est ainsi qu’aux deux bouts de son odyssée, le violon est lié à ce qui constitue l’essence même de ce gros roman.
Cette somme romanesque, aussi échevelée puisse-t-elle apparaître, a son centre de gravité : le questionnement sur le Mal, questionnement philosophique, religieux, métaphysique. Ce Mal prend des formes multiples, Inquisition, barbarie nazie, Espagne franquiste, châtiment par lapidation au nom d’un dieu dans un conte ancien;
mais aussi la misère qui conduit à tuer pour dérober; mais aussi, à une échelle plus individuelle, petits mensonges et grandes lâchetés; mais aussi le Mal dont l’homme n’est pas responsable, comme la maladie. Et, parachevant le tableau, ces deux trahisons finales dont on rirait presque tant elles jouent le rôle de coups de théâtre, si elles ne faisaient désespérer de l’humanité.
Certes, on pourrait trouver le roman trop long (mais je l’ai dévoré sans jamais m’ennuyer), parfois confus (mais le narrateur confesse ses hésitations et problèmes de mémoire), trop exigeant, demandant au lecteur attention et vigilance (mais quel plaisir de jouer avec l’auteur, de deviner, se rappeler, rejointoyer, deux mailles à l’endroit, trois mailles à l’envers, pour construire avec lui le puzzle), trop ambitieux, voulant trop brasser (mais tout parle au lecteur dans ce livre où il est question d’enfance, de solitude, de musique, d’amitié, d’amour, de culpabilité, du savoir et des livres, des arts, de l’histoire de l’Europe, mais aussi de questions bien d’aujourd’hui comme celles du droit à mourir dans la dignité). Bref, un livre énorme, protéiforme, aux tonalités multiples (on y trouve de quoi pleurer, on y rit aussi) et appelant des relectures ou parcours « individualisés » suivant le sujet que chacun peut élire comme celui qui l’intéresse le plus. Il n’y a plus qu’à tirer le bon fil.
Anne COLAS     19 mars 2016


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